25.06.2015 — Carnet de voyage : métropolitain de Bakou

Le métropolitain de Bakou est très semblable à celui de Tbilissi en Géorgie voisine, ainsi qu'à ceux d'autres lignes qui desservent les villes importantes de l'ancienne union soviétique. Une fois passé le tourniquet, l'escalator dévoile ses solides et massives plateformes grossièrement striées qui s'offrent délicatement en éventail. Embarqué en pleine confiance sur l'une d'entre elles après une petite secousse due à l'accélération, la descente s'amorce. Apparaît alors un profond tunnel blafard que la machine fait défiler à grande vitesse. Un chapelet de lampadaires sphériques numérotés et jaunis par le temps rythment le trajet rectiligne qui déverse finalement les passagers au pied de la guérite qu'occupe la surveillante. Le regard rivé dans la ligne de mire, stoïque entre deux vociférations incompréhensibles dans les hauts-parleurs saturés de la station, elle voit défiler chaque jour des milliers d'usagers qui se posent la question de son utilité. Assurer un certain degré de sécurité, tout en entretenant le souvenir de l'époque révolue du plein emploi, présume-t-on.
 

 

05.11.2014 — Carnet de voyage : Train de nuit pour Thessalonique

Gare ferroviaire d'Athènes, 21h00. Nous attendons minuit. Heure de départ du train de nuit pour Thessalonique. Et déjà, dans l'attente, monte en puissance ce faux rythme. Le métronome détraqué des traverses qui claquent sous le passage du convoi.
Il s'agit de visiter les locaux de l'ancienne télévision publique ERT, qui là-bas, continue d'émettre malgré la fermeture officielle décrétée par l'Etat.
Dans la cafétéria de la chaîne Everest, le temps s'est arrêté. Il règne un silence d'aéroport.
Au fond sont attablés deux clochards, que je vois de profil. Ils somnolent, profitent d'une température idéale pour faire une escale sans doute bien méritée. Le plus vieux s'est levé pour se diriger de l'autre côté du de la salle. Il fait face à un grand miroir destiné à prolonger artificiellement les dimensions de l'espace. Il s'observe, réajuste mollement sa casquette dans un geste emprunt de classe et de dignité, avant de prendre la porte pour rejoindre le hall de gare. Une séquence de Western. De celles où l'on voit les cow-boys pincer leur chapeau en signe de révérence avant de regagner des chemins de solitude.
Mais rien de tant romantique ici. D'ailleurs, l'homme a repris sa place, sous une grande photographie publicitaire qui affiche un couple parfait, souriant, qui vit pleinement le plaisir d'un moment partagé dans une succursale Everest. On y lit : "Travel by train".
Un clodo solitaire, sous une immense image qui souligne davantage sa condition, le tout signé "Everest", comme le sommet d'une montagne qu'il n'arrivera jamais à atteindre. Surtout pas avachi comme il l'est. J'en connais qui n'hésiteraient pas, mais cette photo-là, je m'en passe.
Parce que finalement, le "travel by train" et l'Everest concernent plutôt les deux backpackers d'américains installés autours de la table haute qui trône au milieu de l'espace. L'un pianote sur son Apple. L'autre écrit des cartes postales je crois. Facebook versus US Mail. Ils parlent peu. Mais dès qu'on entend le son de leur voix, on se retrouve immédiatement projeté au Texas. Alors c'est bien. Qu'ils soient plutôt silencieux, ces cow-boys là.